Le 25 novembre, Action Commune a organisé une rencontre avec notamment Jean-François Caron, le maire de Loos-en-Gohelle, des membres de la liste “Demain Bayonne” ou encore des représentants de l’Université du Nous. L’objectif était de partager nos différentes expériences et surtout, s’inspirer de la démarche de Loos-en-Gohelle, ville pratiquant la participation de ses habitants depuis plusieurs décennies.

Cette soirée fut riche en échanges et très inspirante. Nous vous proposons donc ci-dessous un bref compte-rendu afin de vous faire partager cette expérience. Bonne lecture 🙂

cr_deg_webinaire_action_commune 25 novembre 2019 – Webinaire organisé par Action Commune
Organisateurs, à distance : 
  • Université du Nous
  • Demain Bayonne
  • Jean-François Caron, Maire de Loos-en-Gohelle
Décidons ensemble à Guyancourt : 7 personnes (Noémie, Bertrand, Annie, Jean-Luc, Michel, Axelle, Aldric)
Pourquoi ce web-séminaire ?
Comment organiser la démocratie participative dans le cadre d’une démocratie représentative.
Partager l’expérience de Loos-en-Gohelle

Présentation de la démarche de Loos-en-Gohelle par J-F. Caron : 
Héritage lourd : 
Bassin minier, héritage lourd : 300ans d'exploitation mono exploitation, capitalisme minier. 
  • Séquelle environnementale énorme (maladies graves parmi population, pollution…)
  • Modification environnementale , des affaissements de 15m , des rivières s'écoulent à l'envers!
  • Problème économique, chute de l’emploi après fermeture des mines
  • Problèmes sociaux
Gros problème d’estime de soi de la population. Cela provient de l’héritage des mines. Les Miniers contrôlaient tout (école, commerce, habitation, hôpitaux etc…). Les habitants souffrent de l’image véhiculée par certains des habitants du Nord (cf. bannière match PSG-Lens).
Ceci entraine une difficulté d’entreprendre, les personnes sont attentistes et soumises. C’est donc un contexte compliqué pour la mise en place d’une participation citoyenne mais indispensable pour leur faire retrouver de l’autonomie.
Cette honte du bassin minier a entrainé que la plupart des villes du Nord ont voulu effacer cette mémoire et être des villes « comme les autres ». Elles sont donc rentrées dans le moule. J-F Caron a choisi de prendre le contrepied de cela. Il a utilisé l’historique du territoire et des habitants comme commun à développer et à assumer. Il a mis en valeur ce patrimoine ( Travail de mémoire – Identité forte – Appartenance) . Il a ensuite fait une première commission sur la vision pour la ville (projet de ville). Sans vision d’avenir commune, cela ne reste que des projets isolés et difficile d’impliquer les gens.
Il faut partir de notre histoire, du commun pour construire un raisonnement en trajectoire, ne pas seulement être dans le « ici et maintenant » ni la consommation de service public : "je paye mes impôts donc j'y ai droit!".

Organisation de la municipalité : 
  • Commissions organisées suivant le trépied : Élus – Experts – Acteurs (habitants etc…)
  • La mairie a totalement été réorganisée pour fonctionner en mode projet (travail de formation de tous sur le temps long). C’est difficile mais nécessaire. C’est périlleux mais avec le temps, un management humain et en montrant la vision pour la ville, cela change. Il faut mettre en avant ceux qui osent essayer et se tromper.
                   o        Loos-en-Gohelle a huit cadres de cat. A alors que les autres villes du même type n’en n’ont qu’un. Reconnaitre son besoin en ingénierie.
                   o        Chargés de mission transversaux, chargés de projets etc…
           & nbsp;       o        Avoir toujours sa porte ouverte pour être à l’écoute des personnes des services. Faire preuve de beaucoup de reconnaissance envers le personnel.
                   o        Première action de J-F Caron : titularisation de toutes les femmes qui travaillent à l’heure au nettoyage des écoles.
  • Importance de maîtriser le management du changement.
  • Importance de la formation des élus, des services et des habitants aux outils de co-construction
      •   o       Formation interne (et conduite du changement des élus "ancien monde" ayant besoin de reconnaissance car un élu a un ego. . )
                   o        Attention à l’addition des burn-out (grosse mise en garde par J-F Caron) due aux excès d'engagement
                                 >      Processus d’écoute (notamment des pétitions qui expriment un travail d'habitants en collaboration ! C'est précieux)
                                 >      Accompagnement
                                 >      Faire travailler des ergonomes
                                 >      Travail en paire de l’équipe municipale
  • Principe 50-50 : Il s’agit de responsabiliser les habitants,  expression: Je fais, tu fais et nous faisons!
                    o        Principe gagnant-gagnant ;
                    o        Principe de co-responsabilité : la mairie ne peut pas tout faire toute seule, les habitants non-plus, il faut donc collaborer ;
  •                     Les habitants proposent des projets, présentent des problèmes, et travaillent avec la mairie à leur conception et réalisation
  • Pas de participation sans responsabilisation
Exemples : plantation de haies, installation de jardinières par la mairie et entretien par habitants, création d’un skate-park par les jeunes de Loos-en-Gohelle etc… création d'une ceinture verte pour favoriser la biodiversité, l'écomobilité et la qualité de vie
  • Pas de budget participatif à Loos-en-Gohelle
  • Engagement des jeunes est compliqué car ils font leurs études, inquiets pour leur orientation, crise de l’adolescence etc…
  • Mettre en désir -> tolérer le rêve, avoir des symboles de l' avancée (des cailloux blancs)

Questions/Réponses :
Comment sortir de la « consommation politique » par les citoyens ?
  • Une crise, un problème est un déclencheur d’une réaction. Partir de quelquechose qui a du sens pour les habitants.
  • Ne pas avoir peur d’utiliser l’identité des personnes. Ne pas laisser cette thématique au FN.
  • Utiliser le 50-50
  • Montrer que la participation produit et que ce ne sont pas que des réunions pour des réunions. Application à faire des compte-rendus de chaque réunion en mettant en valeur les décisions, les questions en suspens, les actions à mener etc…
  • Engager les associations mais attention à ne pas tout leur déléguer. Sinon car elles ne sont pas un service public. Ils sont bénévoles etc…
  • Si on ne parle pas des problèmes des gens, ils ne viendront pas aux commissions. 
                   o        Partir du réel pour faire de l’engagement citoyen
Par exemple, ne pas partir de l’idée : « réchauffement climat, il faut réduire les voitures » mais plutôt qu’ »il y a un problème pour déposer les enfants et venir en voiture à l’école ». L’idée de faire venir les enfants en pédibus ou à vélo vient ensuite spontanément.
  • Aujourd’hui, les pétitions sont prises par les élus comme de véritables attaques. Les prendre comme une volonté de citoyens de s’impliquer sur un sujet. Voir la pétition comme une source d’énergie (elle en a demandé beaucoup pour être créé, faire du porte à porte etc…). Utiliser ensuite les adresse mails et noms pour organiser des commissions.

Comment attirer le vote ?
  • Pas de participation et de vote sans point de vue. Point de vue issu d’un système de valeur. Ne pas se cacher et les défendre. « Ne pas être sans odeur ni saveur »
Ex : question des migrants
  • Partir des besoins des habitants.
« on fait face aux besoins des Guyancourtois dans le contexte mondial »
  • Faire un story-telling de la tête de liste ou de la liste. La population recherche des éléments de confiance, être rassuré sur les compétences. C’est plus la personne qui compte (attache à la ville, engagement etc…) que les propositions du programme.
  • Utiliser le mot implication habitants plutôt que démocratie participative. Sortir de l’idéologie que tout le monde participera et que tout sera fait dans une égalité parfaite. Cela peut être un objectif mais cela reste utopiste.
                   o        D’ailleurs, quelque-chose que J-F Caron n’avait pas anticipé c’est qu’une fois que les habitants sont confiants dans la liste et les méthodes avec une grande maturité de la construction collective, ils se désengagent petit à petit car ils font confiance et donc laissent à nouveau faire les élus.
  • Le vote ne se fait pas sur le capital sympathie mais sur de la puissance. Démontrer sa capacité de transformation.
  • Insister sur le fait que ce n’est pas juste de la participation, de la consultation mais de la co-construction
  • « Ne pas communiquer sur les premières pierres mais que sur les projets réalisés »

Notion de reconnaissance :
  • Du personnel des services : être à l’écoute, avoir sa porte ouverte, etc…
  • J-F Caron (mais pas forcément que le maire) doit aller voir les familles des personnes qui ont des décès. Les personnes se sentent reconnues et accompagnées.
  • Organisation de TED-X entre habitants. Les habitants se transmettent leur vécu, leur expérience etc. Le maire était présent ce qui montre une certaine reconnaissance envers ces personnes.

Rôle du maire ?
  • Obligation d’un leadership (incarné par une personne ou un groupe).
                   o        Parce que le maire est engagé pénalement
                   o        L’arbitrage revient à l’équipe d’élus. L’arbitrage doit toutefois être expliqué et pratiqué sur le temps long (débats etc…)
                   o        Présence du maire sur évènements particulier est un symbole de reconnaissance pour l’organisateur et les participants.
  • Rôle d’animateur, de régulateur, d’arbitrage. Donne le fil rouge, la vision.
Nota : ce rôle peut ne pas être tenu par le maire seul mais par l’équipe si elle partage des valeurs communes. Toutefois, pour certaines personnes, le maire reste le maire. Envoyer un adjoint à l’AG de certaines Assos pourrait être pris pour du dénigrement…

Comment travailler avec l’intercommunalité ?
Cela évoque de la souffrance pour J-F Caron.
5 ans d’indifférence + 10 ans de purgatoire + 5 ans de respect






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